Les traducteurs font partie d’une catégorie à part… Je ne parle pas de notre obsession langagière immodérée, mais du fait que malgré leur taille modeste, nos entreprises sont pour la plupart exposées au même risque que les multinationales : le risque de change. En acceptant le paiement de clients étrangers ou en réglant nos fournisseurs basés dans un autre pays, nous sommes souvent amenés à effectuer des opérations bancaires en devises étrangères, et comme les monnaies fluctuent, nous sommes invariablement confrontés à la hausse ou à la baisse du montant de nos factures.

La question posée est donc la suivante : comment gérer ce risque et éviter d’amputer notre chiffre d’affaires de frais bancaires et de commissions de change trop élevés ? 

1- Faites le point sur vos besoins

Avant toute chose, commencez par évaluer vos besoins. Si vous êtes basé dans l’UE et que tous vos clients paient en euros, vous n’êtes pas exposé au risque de change et pouvez tranquillement accepter chèques et virements bancaires. Par contre, si comme beaucoup de traducteurs vous profitez des nouvelles technologies et de l’ouverture des frontières pour travailler avec le monde entier, vous aurez un jour ou l’autre besoin de payer ou de vous faire payer en devises étrangères.

L’idéal serait d’exiger que vos clients vous paient tous dans votre monnaie, mais vu le niveau de concurrence dans notre secteur, ne vous faites pas trop d’illusions… vous devrez sans doute vous adapter. Cependant, rien ne vous empêche de négocier en fonction du risque de change : si vous ne pouvez pas vous faire payer dans votre monnaie, ajustez vos tarifs en conséquence. Les commissions et frais bancaires liés aux transactions internationales sont souvent élevés, autant les faire payer au client. Je vous entends déjà chers lecteurs : « mais nos marges sont déjà si faibles, comment négocier un tarif plus élevé avec des clients près de leurs sous ? ». Reste le plan B : trouver la meilleure solution en termes de simplicité et de coût pour préserver votre marge.

2- Gardez le contrôle

La plupart d’entre nous choisissent leurs méthodes de paiement sans trop y réfléchir, en fonction de nos habitudes et de celles de nos collègues. C’est une erreur.

Le choix de la méthode peut faire toute la différence en matière de risque de change. Sans trop rentrer dans les détails (je m’en chargerai dans un prochain article), je vous propose de retenir ceci : les paiements par chèque, par virement bancaire ou par carte de crédit reçus directement sur votre compte sont convertis en devise par votre banque sans aucune considération pour le montant des frais occasionnés et la date de l’opération. Étant donné qu’une succession d’opérations ponctuelles entraine la multiplication des prélèvements de frais et de commissions, vous avez tout intérêt à procéder à la conversion de vos devises en une seule fois plutôt qu’à chaque chèque ou virement reçu. Deuxièmement, la fluctuation des monnaies est constante et peut se traduire par une différence importante au niveau des montants perçus. Mieux vaut donc choisir le meilleur moment.

Vous l’avez compris, la règle n°1 pour réduire le risque de change est de garder le contrôle. À défaut d’annuler le risque de change en le transférant vers vos clients et fournisseurs, vous pouvez le minimiser en limitant vos opérations de change et en choisissant le moment le plus favorable pour les effectuer.

3- Choisissez les meilleurs prestataires

Si attendre le bon moment, c’est empocher plus d’argent. Ce serait dommage de s’en priver… Mais concrètement comment s’y prendre ?

Le meilleur moyen consiste à ouvrir un compte libellé en devise du pays qui vous intéresse. La plupart des banques proposent ce service pour les monnaies les plus utilisées comme le dollar américain ou l’euro, mais les frais bancaires associés sont souvent hors de prix. Pour réduire les coûts, mieux vaut donc ouvrir un compte directement dans le pays où résident vos clients et fournisseurs.

Depuis le 11 septembre, ouvrir un compte à l’étranger est devenu plus compliqué. Certains pays exigent que vous soyez physiquement présent pour signer les documents d’ouverture de compte, d’autres imposent certaines contraintes administratives (en France par exemple, vous devrez remplir une déclaration fiscale de vos comptes à l’étranger). Compliqué ne veut néanmoins pas dire impossible. Commencez par vous adresser à votre banque, elle dispose sans doute d’un réseau de correspondants à l’étranger. Certaines banques internationales, comme HSBC, facilitent même grandement la tâche à leurs clients en leur permettant d’ouvrir un compte dans n’importe quelle agence de leur réseau à l’étranger et en proposant des opérations gratuites entre leurs deux comptes. 

Une fois que vous avez ouvert un compte en devise, vous pouvez collecter les chèques, paiements par carte et virements de vos clients et choisir le meilleur moment pour transférer les fonds dans votre compte habituel (libellé dans la devise de votre pays). Pour effectuer cette opération de transfert et de conversion de devises, vous pouvez bien sûr faire appel à votre banque, mais les frais associés sont en général assez élevés et truffés de commissions cachées (très chers « intermédiaires »). Pour moi, la meilleure solution consiste à s’adresser à des bureaux de change en ligne comme Travelex, Wise,  MoneyGram, etc. Ces sociétés sont spécialisées dans la conversion de devises et se livrent une concurrence féroce, leurs tarifs sont donc en général plus avantageux (commissions et frais réduits, taux de change plus favorables au client) que ceux des banques ou des sociétés de paiement en ligne telles que Paypal (particulièrement onéreux à mes yeux). Pour faire appel à elles, il vous suffit de créer un compte sur Internet et d’enregistrer vos coordonnées bancaires (ne vous inquiétez pas, ces établissements sérieux traitent vos données personnelles avec la plus stricte confidentialité). Simple, rapide, efficace et surtout bon pour votre portefeuille !

Toujours à la recherche de solutions pour réduire les frais de gestion de ma PME, je serais ravie de découvrir d’autres idées. N’hésitez donc pas à me faire part de vos trucs et astuces pour gérer au mieux le risque de change.

 

POUR ALLER PLUS LOIN

Photo Gaële Gagné

L'autrice

Professionnelle accréditée en commerce international et conseillère pour les PME, Gaële Gagné est devenue traductrice indépendante en 2005. Dans le cadre de son entreprise, Trëma Lingua, elle propose des services de traduction marketing et commerciale de l'anglais vers le français et partage ses connaissances en gestion d'entreprise avec ses collègues traducteurs via la plateforme Tradupreneurs.fr.

Découvrez d'autres articles

Pin It on Pinterest

Share This