Ce mois-ci le blog de Tradupreneurs accueille une invitée de marque : Sara Freitas, traductrice américaine basée en France et créatrice des Recettes du traducteur. Sara fête les 20 ans de son activité de traduction-conseil cette année, l’occasion de revenir sur les leçons qu’elle retient de cette expérience passionnante et de son indéniable succès.
SFM Traduction Conseil a 20 ans cette année, l’occasion de partager 20 leçons d’entrepreneuriat :
1. Entourez-vous.
On le dit souvent, mais on ne dit presque jamais ce que cela veut dire. Une bonne partie de cette liste vous éclairera, j’espère !
2. Bien comprendre les rôles de chacun, à commencer par le vôtre !
Pour cela, je recommande le livre E-Myth : Le mythe de l’entrepreneur revisité de Michael E. Gerber. Ce n’est pas parce que vous savez faire quelque chose, que vous devez le faire.
3. S’associer avec les bonnes personnes pour les bonnes raisons.
Un (futur) associé doit apporter quelque chose de concret (évaluable) à la société (du capital, une clientèle…) et doit partager vos valeurs et motivations. C’est pour cela que j’aime tant l’approche de Convivo Médiation qui n’existait pas à l’époque de mon association ratée (stupid tax!).
4. Comprendre la différence entre conseil et coaching.
Un conseiller est un expert technique qui vous aide à mettre en place des solutions dans son cœur de métier (un expert-comptable, un consultant en marketing…). Un coach vous aide à trouver vos propres solutions et à être responsable de l’atteinte de vos objectifs. À lire : The Advice Trap de 📚 Michael Bungay Stanier.
5. Accepter qu’être indispensable, ce n’est pas bon.
Cela peut être valorisant de savoir tout faire et d’être hyper autonome pour faire son site web, sa compta, sa prospection, la production pour les clients… mais ce n’est pas un modèle viable sur le long terme (cf. Nº 2 et Nº 7).
6. Rédiger des procédures.
Investissez un peu de temps pour laisser des traces de ce que vous faites de manière récurrente (comment faire le rapprochement bancaire ? Préparer un devis ? Publier un article de blog ?). Vous pouvez utiliser des enregistrements d’écran et un outil collaboratif comme Trello, Notion, Airtable… Vous ne pourrez pas déléguer (cf. Nº 7) sans passer par là !
7. Déléguer.
Mais pas tout et pas à n’importe qui. (cf. Nº 2). Exemple : si vous êtes allergique à la vente, la tentation de sous-traiter la prospection à un prestataire extérieur peut être forte (mais ça s’appelle de l’évitement, pas la délégation). Si vous ne savez pas vendre vos propres prestations et vous n’avez pas de processus business en place, déléguer ne marchera pas. Surtout pour une fonction technique à haute valeur ajoutée comme la vente de prestations intellectuelles en BtoB. En revanche, si vous avez identifié des tâches récurrentes (préparation des éléments comptables, facturation, formatage et publication des contenus, blog ou réseaux sociaux…), déléguez tout de suite.
8. Fixer des objectifs financiers et les suivre à l’aide d’indicateurs.
C’est la deuxième partie de cette phrase qui fait toute la différence. Créez un tableau de bord simple pour suivre vos objectifs financiers (CA, marges, etc.). Pour cela, je recommande l’accompagnement de LMK Training.
9. Ne pas faire de sa rémunération le principal variable d’ajustement dans les finances de l’entreprise
(Voir leçon Nº 8). Vous êtes la ressource la plus précieuse de votre entreprise. Est-ce bien normal de baisser votre rémunération à chaque imprévu ?
10. Constituer un bon matelas de sécurité : 6 à 12 mois de trésorerie.
Ne pas être pris à la gorge vous aide à prendre de meilleures décisions sur le moyen et le long terme. Pas facile si vous ne savez pas comment vous allez payer votre loyer ce mois-ci.
11. Choisir ses clients.
Plus facile si vous avez fait le Nº 10. Le client qui appelle à 21 h ? Celui qui paie systématiquement en retard ? Byeeee ! Au-delà d’un minimum de respect dans la relation client-fournisseur, choisissez vos clients au service de votre stratégie et de vos objectifs (typologie de client, panier moyen, récurrence de la prestation, référence dans un domaine donné…). Un client et un fournisseur se choisissent mutuellement !
12. Se former en permanence.
Dans votre cœur de métier (connaissances, outils…) et dans les domaines d’expertise de vos clients. Le monde change vite, il faut rester à la pointe.
13. Échanger avec ses clients.
Souvent. Pour détecter de nouveaux besoins. Ou, au contraire, pour détecter une intention de mettre fin à la collaboration (et corriger le tir, si ce n’est pas pour ce client, pour les autres et futurs clients).
14. Confronter son travail aux regards extérieurs.
Si vous n’avez pas ou peu de retours sur votre travail, cela veut probablement dire que vous n’en demandez pas. Créez les conditions nécessaires à un vrai benchmark de votre travail.
15. Oser dire oui.
À ne pas confondre avec « fake it ‘till you make it ». Oser dire oui à une nouvelle opportunité, à un nouveau défi, c’est se faire confiance qu’on saura appliquer nos acquis à une nouvelle situation. C’est comme ça qu’on grandit.
16. Savoir dire « non ».
Tout simplement.
17. Block and delete.
Oubliez les personnes qu’il « faut » suivre sur les réseaux sociaux, les groupes où il « faut » être. Ne vous comparez pas aux autres et éliminez tout ce qui provoque ce genre de comparaison de vos flux d’actualités. Idem pour les personnes négatives. Suivez votre instinct.
18. S’autoriser à changer d’avis.
Si un projet ne vous convient pas, vous avez le droit de l’arrêter. J’ai démarré une nouvelle activité dans la formation des traducteurs en 2020. En 2022, malgré beaucoup d’investissements et un chiffre d’affaires en ligne avec les objectifs fixés, j’ai décidé d’arrêter cette activité pour alléger ma charge mentale et pour me focaliser sur mes clients de traduction et de rédaction. Ce projet d’envergure a été riche d’apprentissages qui restent acquis !
19. Se relever de ses échecs.
À l’aide d’un coach (cf. Nº 4). Pour aller plus loin, les livres et le Ted Talk de Susan David, Ph.D. sur la résilience.
20. Rester fidèle à ses valeurs.
Un très gros contrat dans un domaine qui est contraire à vos valeurs peut rapporter du chiffre d’affaires, mais à quel prix ? Idem pour les clients toxiques (cf. Nº 11).
Merci Sara, pour cette liste de précieux conseils ! Pour ma part, je vais m’atteler à appliquer les nº 5 et 7. Et vous ? Quelle leçon retenez-vous des 20 ans d’expérience de Sara ?
Pour aller plus loin :
L’autrice
Sara est née aux États-Unis et est de langue maternelle anglaise… mais Grenobloise et fière de l’être depuis 2001.
Forte de 20 ans d’expérience de traduction, de rédaction, de conseil et de formation auprès des institutions, pôles de compétitivité et entreprises high-tech, et en particulier du bassin Grenoblois, Sara possède une connaissance large et une compréhension approfondie des acteurs de l’innovation, des enjeux de la valorisation technologique et des problématiques de communication qui en découlent.
Elle est membre de la SFT, syndical national des traducteurs professionnels, de Com2Grenoble, le club des communicants de l’Isère et, en tant que coach professionnelle certifiée, membre de ICF.
Découvrez d'autres articles
De l’importance des rencontres de traducteurs
C’est loin, ça coûte cher et on n’y croise aucun client : pourquoi diantre faudrait-il se donner la peine de « réseauter » avec ses concurrents ? Eh bien, pour de multiples et cruciales raisons que je vous propose de découvrir dans ce billet…
S’associer pour traduire
Même lorsqu’il est indépendant, un traducteur travaille rarement seul. Il fait appel à des collègues pour relire et réviser son travail, traduit parfois en équipe pour réaliser un gros projet, soustraite une partie de son activité, voire s’associe pour partager des coûts. Pour éviter les écueils du travail à plusieurs, voici quelques conseils pour organiser un partenariat à plus ou moins long terme.
La chasse est ouverte : comment trouver des « bons » clients ?
Les bons clients (passionnés, coopératifs et bons payeurs) existent et les contrats rémunérateurs ne sont pas un mythe : il suffit de bien s’y prendre pour les trouver.
Trousse à outils pour traducteurs indépendants
Voici une petite trousse à outils de l’entrepreneur, véritable couteau suisse du traducteur indépendant.
Traducteurs : 3 pistes pour se former sans se ruiner
Le traducteur est un être cultivé. Curieux par nature, il lit beaucoup afin d’acquérir une maîtrise suffisante de la terminologie de ses domaines de spécialité pour produire des textes à la hauteur du niveau de connaissance de ceux qui les ont rédigés, mais comme malheureusement souvent il n’est pas millionnaire, comment faire pour se former sans se ruiner ?
Enfin un outil de facturation personnalisable !
Des mois, des années que je cherche et que je teste des sites ou des logiciels pendant 7, 14 ou 30 jours avant d’abandonner parce que le service est trop cher, que les modèles de factures sont vraiment trop moches, que la facturation ne peut s’effectuer que dans une seule devise, ou que les messages de relance sont en français (ou anglais) seulement…






