Déterminer le prix de ses prestations peut être difficile, voire angoissant. Pourtant, la question se pose dès qu’un nouveau traducteur se lance dans le métier et doit être réexaminée régulièrement au fur et à mesure qu’il gagne en expérience et développe sa clientèle. Comment trouver l’équilibre entre demander trop ou pas assez ? En rationalisant la démarche. Voici quelques conseils pour éviter de donner un chiffre au hasard ou de suivre aveuglément ses collègues.
Un prix ne s’invente pas, il se calcule
Dans son livre, How to Succeed as a Freelance Translator, Corinne McKay propose une méthode simple pour déterminer le prix de ses prestations de traduction :
- Commencez par calculer vos heures facturables, c’est-à-dire les heures que vous consacrerez à la traduction :
- Déterminez combien de jours vous souhaitez ou pouvez travailler chaque semaine.
- Multipliez-le par le nombre de semaines de travail effectif (52 – le nombre de semaines de vacances que vous souhaitez vous attribuer).
- Si vous le souhaitez, déduisez également quelques jours de congé maladie ou les jours fériés que vous comptez prendre, vous obtiendrez alors votre nombre de jours de travail annuel.
- Multipliez par le nombre d’heures que vous souhaitez ou pouvez travailler chaque jour, vous obtiendrez ainsi votre nombre d’heures de travail annuel.
- Déduisez de ce chiffre le temps que vous consacrerez à d’autres activités comme le marketing, la communication, la formation, la comptabilité, etc. (en général entre 25 et 50 % de votre temps) et vous obtiendrez le total de vos heures facturables.
- Faites ensuite le point de vos coûts d’exploitation. Additionnez tous les frais liés à la gestion de votre entreprise de traduction : impôts et cotisations sociales, abonnement internet, forfait de téléphone (fixe et portable), hébergement de votre site web, fournitures de bureau, frais d’adhésion à des associations professionnelles, formation, voyages et déplacements professionnels, frais bancaires, primes d’assurance, location de bureau et charges attenantes, garde d’enfants, etc.
- Ajoutez à ce montant le salaire que vous souhaitez vous verser et vous obtiendrez le montant total de vos coûts d’exploitation.
- Divisez le total de vos coûts d’exploitation par votre nombre d’heures facturables et vous obtiendrez le tarif horaire que vous devrez cibler pour vivre de votre travail.
Travailler plus pour gagner plus
Le tarif horaire que vous ciblez vous aidera à évaluer le montant de travail nécessaire pour atteindre votre objectif, c’est-à-dire combien de mots traduire par heure facturable et donc quel tarif appliquer par mot traduit.
Pour cela vous devrez vous faire une idée de votre productivité, c’est-à-dire la vitesse à laquelle vous pouvez produire une traduction satisfaisante (l’unité de mesure la plus souvent utilisée pour déterminer votre productivité en tant que traducteur est le nombre de mots source par heure). Mathématiquement, plus votre tarif horaire cible sera élevé, plus vous devrez augmenter votre tarif au mot (donc viser une clientèle moins attentive aux prix) ou votre productivité (travailler plus ou plus vite).
Ceci explique que de nombreux traducteurs inexpérimentés doivent compter sur d’autres sources de revenus (autre travail à temps partiel ou à temps plein, revenus du conjoint ou des parents, etc.) avant de gagner suffisamment d’argent pour vivre de leur travail. C’est aussi un bon moyen de vérifier si votre projet est viable sur le long terme.
Tenir compte du marché… mais pas seulement
Un traducteur ne travaille pas en isolation du monde qui l’entoure. Ses clients, ses collègues/concurrents influencent également ses tarifs. Pour connaître les « prix du marché » déterminés par les lois de l’offre et de la demande régissant les relations entre les traducteurs et leurs clients, vous pouvez consulter certaines études publiées par les associations professionnelles de votre pays ou visiter les forums de traduction comme Translator’s Café ou ProZ. De nombreuses agences et traducteurs publient également leurs tarifs sur leurs sites web.
Attention cependant à ne pas considérer ces prix comme des normes absolues. Les tarifs indiqués dans les enquêtes réalisées auprès des traducteurs sont des moyennes, donc reflètent difficilement la diversité des expériences, des domaines de spécialité et des projets des professionnels ayant répondu aux questionnaires. Quant aux forums, ils attirent souvent les clients les moins scrupuleux en termes de prix et de qualité, et témoignent souvent plus des pires pratiques tarifaires que des moyennes du secteur. Informez-vous, comparez, prenez le pouls du marché, mais restez maître de votre stratégie en matière de prix.
Un peu plus, un peu moins
La plupart des traducteurs accordent des réductions à certains clients, le plus souvent pour :
- Un volume de travail important. Ce type de réduction est justifiée si le document source est particulièrement volumineux, améliorant ainsi la productivité du traducteur au fil du temps (meilleure connaissance du sujet et de sa terminologie). Par contre, méfiez-vous des rabais négociés dans l’espoir de volumes importants de travail futur : ils ne se matérialiseront pas forcément et finiront par occuper la majorité des heures que vous pourriez facturer à un tarif plus élevé.
- De nombreuses répétitions dans le texte à traduire permettant l’utilisation d’un logiciel de TAO. Là encore, prudence… Ce type de rabais n’est justifié que si votre productivité est améliorée par l’utilisation d’un logiciel. Si vous devez passer de longues heures à rééditer des phrases identiques dont le sens diffère en fonction du contexte, vous risquez fort de perdre de l’argent au lieu d’en gagner !
N’hésitez pas non plus à demander plus pour des traductions difficiles vous obligeant par exemple à :
- travailler dans des délais très courts, la nuit ou en fin de semaine.
- convertir le format du document source : document manuscrit, télécopie difficile à lire, PDF, PowerPoint, HTML, etc.
Vous l’aurez compris, la productivité est ici l’élément déterminant du calcul de votre tarif. Vos prix peuvent baisser si votre productivité augmente et peuvent augmenter si elle baisse. À vous de décider ou non d’accorder un rabais ou d’ajouter une surcharge. Enfin, de nombreux traducteurs imposent également un tarif forfaitaire minimum en cas de traduction courte et rapide.
Rien n’est gravé dans le marbre
Vous n’êtes absolument pas tenu de garder les mêmes tarifs toute votre vie professionnelle. Au contraire, pensez à les réviser au fur et à mesure du développement de votre expérience et de votre portefeuille de clients.
Comme il peut être délicat d’augmenter les tarifs négociés avec un client existant, suivez les conseils de Chris Durban, professionnelle aguerrie et auteur de l’indispensable recueil de conseils The Prosperous Translator, en les augmentant lorsqu’un nouveau client vous demande un devis. Vous pourrez ainsi progressivement remplacer vos clients difficiles ou les moins rémunérateurs par de nouvelles relations professionnelles plus profitables.
Et maintenant à vous de partager vos conseils et votre expérience… Comment fixez-vous vos tarifs ? Avez-vous du mal à les imposer à vos clients ? Arrivez-vous à vivre seulement de votre travail de traducteur ?
POUR ALLER PLUS LOIN
- Determinate your rates and fees as a translator (ProZ Wiki)
- Using objective data to set your translation rates (Corinne McKay)
- Outil CalPro en français (SFT)
L'autrice
Gaële Gagné est traductrice indépendante depuis plus de 15 ans et dirige Trëma Lingua, une société proposant des services de traduction rédactionnelle (marketing et communication) de l’anglais vers le français.
Fondatrice de Tradupreneurs, elle partage sa passion pour l'entrepreneuriat avec ses confrères et consœurs pour leur permettre de s'investir pleinement dans cette sphère essentielle de leur activité.
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Bonjour, il semble que le lien suivant ne soit plus accessible
Determinate your rates and fees as a translator (ProZ Wiki)
Auriez-vous une alternative s’il vous plait?
Bonjour Mélanie,
Merci de nous avoir signalé ce lien manquant. L’article est accessible à cette adresse : https://wiki.proz.com/wiki/index.php/Determining_your_rates_and_fees_as_a_translator. Si ce n’est pas déjà fait, je vous invite également à utiliser l’outil gratuit CalPro, disponible en français sur le site de la SFT.