Ce mois-ci, le blog de Tradupreneurs donne la parole à Maël Blivet : traducteur et chef de projets indépendant, ancien timide devenu coach et formateur en communication et relation client. Dans cet article, il nous invite à nous poser les bonnes questions avant de nous lancer dans la gestion de projets linguistiques : une stratégie de diversification à envisager pour développer votre activité.

Si vous lisez cet article, c’est peut-être que vous avez cherché des mots-clés tels que « diversification traduction ». Si c’est le cas, vous êtes au bon endroit !

Traducteur indépendant, coach et formateur en relation client, je fais de la diversification un pilier de mon activité. Cela me permet non seulement d’augmenter, mais aussi de diversifier mes revenus tout en développant mon réseau et en acquérant de nouvelles compétences stratégiques.

Fort d’une expérience en tant que chef de projets indépendant collaborant avec plusieurs agences de traduction aux profils variés, je souhaite aider les lectrices et lecteurs du blog de Tradupreneurs à comprendre si la gestion de projets freelance est faite pour eux.

 

La gestion de projets indépendante a le vent en poupe.


Jusqu’à il y a quelques années, cette partie du travail n’était que rarement confiée à des prestataires externes. Les postes de gestion de projets étaient surtout occupés par des linguistes qui préféraient la stabilité d’un CDI à l’entrepreneuriat ou désiraient acquérir une première expérience avant de se mettre à leur compte. Aujourd’hui, le marché évolue et de nombreuses agences de traduction cherchent à collaborer avec des gestionnaires de projets freelances.

 

C’est une bonne situation, ça, chef de projets indépendant ?

Voici 10 questions auxquelles réfléchir avant de vous lancer :

#1 Faut-il être titulaire d’un diplôme en particulier ?

Non. Tout comme la traduction, la gestion de projets linguistiques n’est pas une profession réglementée. Ceci dit, être titulaire d’un master en traduction et/ou avoir déjà un peu d’expérience en tant que traducteur/traductrice est un avantage indéniable ; cela vous permettra d’avoir conscience de ce que vous demandez aux prestataires avec qui vous travaillez.

#2 Faut-il posséder des logiciels spécifiques ?

Non. De plus en plus d’agences de traduction utilisent des plateformes de gestion de projets comme Plunet ou XTRF, elles vous fourniront donc un accès à leur plateforme.

Dans certains cas, il vous faut aussi posséder une licence Trados ou MemoQ, selon l’outil de TAO utilisé en interne.

Si vous choisissiez de travailler pour un client direct, ce dernier attendra sans doute que vous fassiez appel à votre propre réseau et que vous choisissiez un logiciel.

#3 Quels sont les tarifs pratiqués ?

Comme toujours, nous vous conseillons de garder à l’esprit que vous êtes d’abord entrepreneur.e avant d’être traducteur/traductrice.

Les tarifs ne sont jamais fixes ni figés, c’est à vous de faire votre étude de marché et de négocier (sujet abordé dans mes formations et mes séances de coaching pour les traducteurs).

En France, les tarifs pratiqués oscillent généralement entre 35 et 60 € de l’heure, mais vous pouvez bien évidemment facturer plus cher en fonction de votre expérience et de votre expertise !

#4 Quelles sont les qualités et aptitudes à posséder pour réussir ?

Bien que cela varie d’un client à l’autre (en fonction des domaines de spécialisation et du fonctionnement d’une agence par exemple), le candidat ou la candidate idéal.e est une personne rigoureuse ayant déjà une bonne connaissance du marché de la traduction et possédant d’excellentes capacités relationnelles et rédactionnelles.

Être capable d’échanger avec les clients dans plusieurs langues est un plus, mais dans certains cas, l’anglais et le français suffisent.

Pour plus d’informations à ce sujet, vous pouvez consulter les conclusions d’une étude de l’université d’Alcalá qui a analysé des dizaines d’offres d’emploi pour lister les « soft skills » indispensables pour réussir en tant que chef ou cheffe de projets.

#5 Quelles sont les tâches effectuées par les chefs de projets indépendants ?

Les tâches à effectuer dépendent de la taille de l’agence ou de l’entreprise cliente avec laquelle vous collaborez.

Dans certains cas, vous aurez une seule mission : répondre aux demandes des clients, trouver la bonne personne pour traduire un contenu et livrer la traduction au client.

Certaines agences confient également d’autres missions à leurs chefs de projets : gestion des « ressources » (recrutement et négociation des tarifs avec les prestataires freelances), contrôle qualité, préparation des fichiers, émission et envoi de devis et factures, reporting, etc.

Tout est possible… et négociable !

#6 Quels sont les principaux avantages de la gestion de projets indépendante ?

La gestion de projets indépendante permet d’acquérir ou de développer des compétences organisationnelles et humaines qui vous permettront d’optimiser le fonctionnement de votre propre activité.

Travailler en tant que chef.fe de projets est aussi un excellent moyen de développer votre réseau et de trouver à votre tour de nouveaux clients (par exemple, des collègues qui souhaitent sous-traiter certains projets).

La gestion de projet est une prestation de service difficile, mais rentable. En admettant que vous facturiez vos services 60 €/h et que votre client ait besoin de vous 10 heures par semaine, vous pourriez avoir la certitude de facturer 2 400 €/mois tout au long de la collaboration.

À condition, une fois encore, de bien négocier, votre rémunération sera souvent supérieure en tant qu’indépendant.e qu’en tant que salarié.e.

#7 Quels sont les principaux inconvénients ?

Les principaux inconvénients de la gestion de projets indépendante sont le stress et la charge de travail.

Les rythmes de travail sont souvent très soutenus. Ami.e.s traducteurs/traductrices, soyez indulgents lorsque les chefs de projets mettent du temps à répondre ou ne comprennent pas vos questions : ils/elles sont probablement sous pression !

Dans certaines agences, la direction donne des objectifs financiers aux CDP*. Ces objectifs sont parfois imposés aux indépendants qui se retrouvent alors dans la position inconfortable de devoir demander à leurs collègues de baisser leurs tarifs.

(*) CDP = chef·fes de projets

#8 Comment trouver des missions de gestion de projets ?

Les canaux d’acquisition de clients sont les mêmes pour la gestion de projets que pour la traduction et l’interprétation (LinkedIn, recommandations, bouche-à-oreille, présence sur des salons, etc.).

L’important est de bien communiquer.

Pour les agences, vous pouvez commencer par mentionner ce service en remplissant les formulaires de candidatures en tant que prestataire de traduction. Vous pouvez aussi rédiger un post LinkedIn indiquant votre disponibilité et votre désir de proposer ce service à vos clients.

Pour plus de visibilité, n’hésitez pas à ajouter la fonction « Chef ou Cheffe de projets » dans l’intitulé de votre profil LinkedIn.

#9 Est-ce que la gestion de projets est menacée par les progrès de l’intelligence artificielle ?

Il est encore tôt pour répondre à cette question, mais pour l’instant cela me semble impossible. Les clients ont besoin d’échanger régulièrement avec leurs prestataires de services linguistiques, par e-mail comme par téléphone.

La nature hautement confidentielle des informations que les clients partagent avec ces prestataires disqualifie d’emblée ChatGTP ou toute autre intelligence artificielle.

Cependant, le marché évolue et exercer en tant que CDP indépendant.e peut être une excellente stratégie pour s’adapter et éviter de voir son CA s’écrouler.

#10 Est-il envisageable de travailler à 100 % pour le même client ?

En tant qu’indépendant, il est très risqué de ne travailler qu’avec un seul client, même si celui-ci vous occupe et vous apporte un chiffre d’affaires conséquent tous les mois.

En effet, si votre contrat de prestation de service venait à être requalifié en contrat de travail, cela coûterait extrêmement cher à votre client (rattrapage de salaires et de cotisations, amendes salées, sanctions pénales, etc.).

Quelle que soit la nature de vos services linguistiques, je vous conseille donc de ne pas travailler plus de 40/50 % du temps pour un même client.

Cela vous permettra de continuer à choyer les autres pour être prêt.e si votre collaboration venait à se terminer brutalement (peu importe la taille de l’entreprise cliente et la durée de votre collaboration, tout peut s’arrêter d’un jour à l’autre !).

Et vous ? Quelle est votre expérience en gestion de projets ? Envisagez-vous d’ajouter cette corde à votre arc prochainement ? Si oui, faites un tour sur la page de la formation Cap sur la gestion de projets de Tradupreneurs !

 

 Pour aller plus loin :

 

Photo Sara Freitas

L’auteur

Traducteur indépendant (EN, IT > FR) spécialisé dans les domaines de la traduction rédactionnelle, du tourisme et de l’humanitaire, Maël Blivet est expatrié en Italie et voyage dès que possible.

Outre son activité de traduction, il exerce également en tant que formateur pour l’ISIT, coach pour les traducteurs et chef de projets indépendant. Il est aussi membre de l’équipe d’administration du Tradiscord, le serveur Discord des traducteurs francophones.

Fidèle soutien des Tradupreneurs, son atelier sur la communication, donné à l’occasion de la conférence Entreprendre de A à Zen 2022, a rencontré un franc succès.

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